Depuis quelques jours, les discussions dans les bars calaisiens tournent autour d'un seul et même sujet : la loi de 1945, modifiée en 1999 limitant le nombre de représentations - du concert à la dictée - à six dans l'année dans un même lieu. Concerts, partie de poker, spectacles de magie...

Depuis quelques jours, les discussions dans les bars calaisiens tournent autour d'un seul et même sujet : la loi de 1945, modifiée en 1999 limitant le nombre de représentations - du concert à la dictée - à six dans l'année dans un même lieu. Concerts, partie de poker, spectacles de magie... tous les spectacles sont concernés par cette ordonnance datant de De Gaulle. « Tous les spectacles dits vivants sont concernés », explique Antoine Deguines, adjoint au maire de Calais chargé de la culture, pour qui ces spectacles « sont essentiels pour dynamiser un quartier comme Calais Nord. Certains groupes ont besoin de ces cafés pour se lancer et espérer grandir ». Afin d'évoquer ce problème et de tenter de trouver des solutions, une table ronde va être mise en place au cours des prochains jours. « Nous allons nous réunir, le maire de Calais, le sous-préfet, des représentants de la police, et moi. À un moment, il faut savoir ce que l'on veut. Il ne faut pas casser ainsi la bonne ambiance générée par ces concerts. » Car de problèmes de tapage, il n'en est pas question dans cette affaire. « Il ne faut pas faire d'amalgame entre le phénomène de tapages nocturnes que l'on peut avoir en fin de soirée, et cette ordonnance de 1945. » Et l'adjoint à la culture de prendre un exemple concret : « Frédéric Boudry, le patron de la Mauvaise Herbe n'a pas fait l'objet d'un rappel à la loi pour tapage nocturne, mais bien sûr le fondement du texte de 1945. » Car c'est bien d'une situation kafkaïenne dont se plaint le gérant calaisien. Là où le commissariat de police parle de pédagogie et d'information.

Entre 3 000 et 5 000 personnes par week-end « Je me félicite que la table ronde puisse se dérouler, assure Frédéric Boudry. Cette loi dit clairement : interdiction de faire intervenir des personnes physiques étrangères à l'établissement. Par exemple, au Singe en hiver, s'ils font intervenir un professeur de français pour la dictée ce sera interdit ». Le but de la loi est de protéger le Channel ou le centre Gérard-Philipe. « Vous en connaissez beaucoup de groupes calaisiens qui sont passés au Channel, vous ?, demande un client. Pour ces petits groupes, passer dans un café c'est une façon de se tester. Voire un tremplin où toute la famille vient les voir jouer ». Mais là où la situation est encore plus ambiguë, c'est que la préfecture ne veut pas, selon les intéressés, délivrer l'agrément pour que les six concerts puissent se dérouler. « Nous ne sommes fautifs en rien, grince le gérant de la Mauvaise Herbe. Pas de plainte pour tapage et on vient nous ennuyer avec une loi sortie de nulle part ». L'unité chargée de la police administrative des débits de boisson au sein du commissariat veut faire rentrer les gérants dans le rang pour limiter la concurrence déloyale. Et avoir un oeil sur les événements du week-end. « On marche sur la tête. On nous a demandé des efforts importants pour limiter le bruit, grince Fréderic. Notre démarche est simple. On va demander aux autorités de nous laisser animer. Si ça dérange des personnes au niveau des nuisances sonores, on comprendra de se faire verbaliser. C'est normal ». Histoire de couper la poire en deux, les gérants sont prêts à demander une autorisation en cas d'utilisation de groupes professionnels ou d'intermittents du spectacle. En attendant, les concerts seront encore en rade ce week-end. Ce qui a valu un petit coup de sang de Ted, le chanteur du groupe Amnez'zik qui a réagi sur Facebook. Il s'excuse de ne pas pouvoir assurer le concert prévu le 25 mars prochain. Toujours est-il que l'intervention de la police dérange même dans les plus hautes sphères de la mairie. Avec ses 3 000 à 5 000 personnes par week-end, Calais-Nord représente une manne importante. Une poule aux oeufs d'or à protéger. A tous prix ?

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